1er mai : La défaite du travail

«Pour ce 1er mai (…), la première doléance des syndicats concerne le pouvoir d’achat des ménages marocains. La forte poussée de la reprise économique post-pandémie a entraîné de fortes distorsions entre l’offre et la demande et de fortes tensions au niveau des chaînes logistiques mondiales. L’inflation s’est ainsi mondialisée, aggravée par les conséquences de la guerre en Ukraine. Le Maroc fait ainsi face à une flambée des prix des produits alimentaires et des prix des carburants, malgré les mesures de soutien prises par le gouvernement, dont notamment l’aide accordée aux transporteurs, jugée toutefois insuffisante par la profession». C’est ce que nous avions écrit dans nos colonnes à l’occasion de la Fête du travail, l’année dernière.

Douze mois après, rien n’a fondamentalement changé, si ce n’est que nous avions vieilli d’une année. La situation de 2022 est une quasi photocopie de celle que nous vivons actuellement. C’est dire que nous pourrions rependre mot pour mot ce que nous avions écrit il y a un an.
Ce 1er mai 2023, le pouvoir d’achat sera donc de nouveau, et sans surprise, au centre des revendications syndicales. Mondialisation de l’inflation oblige, il en sera de même dans tous les pays.
Et si la flambée des prix est persistante au Maroc, c’est parce que les mesures gouvernementales adoptées jusqu’à présent sont ressenties comme un échec par les citoyens. Des citoyens dont les plus démunis reçoivent en pleine poire le renchérissement des prix des produits alimentaires.

Pourtant, le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, et ses ministres nous avaient promis, à force d’arguments, une stabilité, voire une baisse des prix durant le mois de Ramadan. Que nenni ! Les niveaux de prix restent toujours aussi élevés, l’indice des prix à la consommation ayant enregistré une hausse de 8,2% au cours du mois de mars 2023 comparé au même mois de 2022, avec une hausse de l’indice des produits alimentaires de 16,1% et de celui des produits non alimentaires de 3,0%.
Comme dirait l’autre, les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. Surtout lorsqu’elles émanent d’hommes politiques.

Aujourd’hui, de guerre lasse et à court de leviers à activer, le gouvernement semble avoir abdiqué. Akhannouch peut donc nous sortir exactement les mêmes arguties que celles avancées le 18 avril 2022 lors de son passage à la Chambre des représentants. «Le gouvernement ne fait actuellement que gérer les incertitudes. Nous ne contrôlons pas les crises ni leur timing. Nous faisons de notre mieux et avons lancé des programmes d’urgence de soutien à plusieurs secteurs (…)», avait-il dit.

En réalité, il s’agit d’une phrase passe-partout très pratique qui montre que l’Exécutif est incapable, en ce moment, d’enfiler à l’inflation une camisole de force pour tempérer ses ardeurs.
Conséquences : les ménages, passablement désabusés, continuent de trinquer, et les syndicats, eux, de lancer des cris d’orfraie désespérés en demandant notamment une revalorisation des salaires. Quand le travail n’arrive plus à nourrir son homme, alors c’est la défaite du travail.

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