Benkirane brouille les cartes : le PAM est-il capable de déplacer le match sur son propre terrain ?

Benkirane brouille les cartes : le PAM est-il capable de déplacer le match sur son propre terrain ?

Dans tout jeu politique, il y a ceux qui occupent les institutions et ceux qui parviennent à imposer le rythme du débat. Au Maroc, au lendemain des législatives du 23 septembre, Abdelilah Benkirane tente manifestement de s’installer dans ce second rôle. Non pas parce que son parti est arrivé en tête des élections, mais parce que le secrétaire général du PJD multiplie les prises de parole et cherche à imposer ses thèmes, ses mots et son tempo à ses adversaires.

Les urnes ont pourtant placé le PAM en première position avec 97 sièges, tandis que le PJD en a obtenu 54. Ce dernier a néanmoins enregistré un retour significatif par rapport à 2021 et son Conseil national a validé son choix de rejoindre l’opposition. Un positionnement qui offre désormais à Benkirane une grande liberté de ton face à la nouvelle majorité.

Dès l’annonce des résultats, Benkirane a donné le ton. Il a écarté toute participation du PJD à un gouvernement conduit par le PAM et multiplié les critiques contre son principal adversaire politique. Le timing lui-même n’est pas anodin : le 24 septembre, il a pris la parole quelques minutes avant l’intervention annoncée de Fatima Ezzahra El Mansouri, cherchant ainsi à occuper immédiatement l’espace politique et médiatique de l’après-élection.

Benkirane semble ainsi vouloir brouiller les cartes et provoquer la confrontation. Sa méthode politique est connue : des messages simples, un langage direct, des formules facilement reprises dans les médias et sur les réseaux sociaux et, surtout, une capacité à transformer une polémique en séquence politique.

Être d’accord ou en désaccord avec lui est une autre question. L’enjeu, pour ses adversaires, consiste plutôt à comprendre son mode de communication. Répondre systématiquement à chacune de ses déclarations peut avoir pour conséquence de laisser Benkirane choisir lui-même les sujets sur lesquels le débat politique se déroule.

C’est précisément là que commence le défi du PAM.

Le parti arrivé en tête des élections dispose désormais d’un avantage institutionnel évident. Fatima Ezzahra El Mansouri a été nommée cheffe du gouvernement et le PAM a engagé les consultations pour constituer une majorité. Mais gouverner et maîtriser la bataille de la communication politique sont deux exercices différents.

Face aux attaques du PJD durant la campagne, Mansouri avait d’ailleurs choisi une posture différente de celle de Benkirane, affirmant que son parti refusait d’entrer dans une surenchère verbale et souhaitait privilégier une logique de construction politique malgré les divergences idéologiques importantes entre les deux formations.

Cette stratégie peut permettre au PAM de préserver une communication institutionnelle. Elle pose néanmoins une question : suffit-elle lorsque son principal adversaire choisit précisément la confrontation comme mode d’existence politique ?

Le PAM est-il capable de ne pas simplement suivre Benkirane, mais de changer la donne ?

La question dépasse les personnes. Elle concerne la capacité du parti à imposer ses propres sujets : emploi, pouvoir d’achat, santé, éducation, investissement, protection sociale ou encore politiques destinées aux jeunes. Son programme électoral présenté en septembre reposait notamment sur cinq pactes, vingt engagements et une programmation annoncée à 350 milliards de dirhams sur cinq ans.

C’est probablement sur la confrontation entre ces engagements et leur réalisation que se jouera une partie importante du débat politique des prochaines années.

Benkirane, désormais dans l’opposition, pourra interroger, critiquer et provoquer sans porter directement la responsabilité de l’action gouvernementale. Le PAM, lui, devra simultanément gouverner, produire des résultats, expliquer ses décisions et défendre son bilan.

Le rapport de force sera donc asymétrique.

C’est pourquoi la communication deviendra l’un des enjeux du nouveau cycle politique. Pas nécessairement pour répondre coup pour coup à Benkirane, mais pour empêcher qu’un seul acteur détermine durablement les thèmes, le vocabulaire et le rythme du débat public.

Encore faut-il disposer des bons communicants, d’une stratégie cohérente et, surtout, d’arguments soutenus par des résultats vérifiables.

Car si Benkirane cherche la confrontation, le PAM devra choisir son terrain : accepter celui proposé par son adversaire, ou tenter d’en construire un autre autour de son action gouvernementale.

La véritable bataille politique pourrait finalement se situer là : qui parviendra à fixer l’agenda du débat public durant cette nouvelle législature ?

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