Condamnation exemplaire au Canada : le youtubeur Hicham Jerando lourdement sanctionné pour diffamation aggravée
La Cour supérieure du Québec a rendu un jugement sans appel à l’encontre de Hicham Jerando, youtubeur montréalais d’origine marocaine, reconnu coupable de diffamation aggravée à l’encontre de l’avocat casablancais Adil Said Lamtiri. Le verdict, prononcé le 14 juillet, condamne Jerando à verser plus de 164 000 dollars canadiens à la victime et marque un tournant décisif dans la régulation des dérives numériques.
À travers une décision détaillée, la juge Horia Bundaru a estimé que les attaques virulentes de Jerando, diffusées à partir de mai 2023 sur diverses plateformes sociales, relevaient d’une campagne de diffamation délibérée et malveillante. Qualifiant Lamtiri de « corrompu », « blanchisseur d’argent » ou encore « agent au service de puissances étrangères », Jerando avait franchi toutes les limites, malgré une mise en demeure suivie d’une ordonnance d’injonction dès juillet 2023.
Loin de se rétracter, le vidéaste a poursuivi ses attaques jusqu’à la veille du procès, refusant même de comparaître. Le tribunal a donc statué en son absence, s’appuyant sur des éléments jugés « accablants ». Le comportement du youtubeur a été qualifié de téméraire, négligent et motivé par une volonté manifeste de nuire.
Selon le jugement, Jerando n’a procédé à aucune vérification des allégations graves qu’il avançait, colportant des rumeurs issues de sources douteuses, sans se soucier de l’impact sur la réputation de Lamtiri, pourtant décrite comme « irréprochable » après trente ans d’exercice. Plusieurs chefs d’entreprises clientes de l’avocat ont d’ailleurs témoigné en sa faveur.
L’ampleur des préjudices subis est considérable : plus d’un million de vues cumulées sur les vidéos diffamatoires, des centaines de commentaires haineux, un isolement profond, des troubles anxieux sévères et des frais de sécurité privés pour Lamtiri. En réponse, le tribunal a condamné Jerando à payer 70 000 $ CA pour les dommages moraux, 85 000 $ CA pour les dommages punitifs, et 9 514 $ CA pour les frais matériels engagés par la victime.
En parallèle, une injonction permanente lui interdit toute nouvelle publication diffamatoire à l’encontre de l’avocat, avec obligation de retirer une quinzaine de vidéos. Le jugement reste exécutoire, même en cas d’appel.
En refusant toutefois d’imposer la publication du jugement sur la chaîne de Jerando, le tribunal a préféré éviter une relance de la polémique. Mais le message est clair : la justice québécoise entend désormais sévir face aux abus de langage sur les réseaux sociaux.
Ce jugement, qualifié d’historique, constitue une mise en garde ferme à l’ère numérique. Il rappelle que la liberté d’expression ne saurait servir de paravent à la diffamation et que le droit à la réputation demeure une valeur fondamentale, y compris dans l’univers du web.
