Crise profonde dans le secteur avicole : les déséquilibres fragilisent la filière des viandes blanches

Crise profonde dans le secteur avicole : les déséquilibres fragilisent la filière des viandes blanches

Le secteur marocain de la production des poussins de chair et des viandes blanches traverse une période de fortes turbulences, marquée par des déséquilibres structurels qui menacent la stabilité de l’ensemble de la filière. Malgré les efforts consentis par les investisseurs et les professionnels pour assurer l’approvisionnement régulier du marché national et contenir les prix à un niveau compatible avec le pouvoir d’achat des ménages, la situation s’est nettement détériorée ces derniers mois.
Dans un contexte de demande soutenue en viandes blanches, les opérateurs ont opté pour une stratégie anticipative visant à éviter toute pénurie. Cette démarche s’est traduite par une augmentation significative de la production. En 2025, la production hebdomadaire de poussins de chair a atteint près de 10,4 millions d’unités, soit une hausse d’environ 11 % par rapport à l’année précédente. Parallèlement, la production de viandes de volailles a progressé de 14 %, témoignant de l’engagement des professionnels à répondre aux besoins croissants du marché.
Toutefois, cette montée en puissance, opérée en l’absence de mécanismes de régulation adaptés, a provoqué un effondrement inédit des prix des poussins. Le prix unitaire est ainsi tombé à près de 0,5 dirham, un niveau largement inférieur aux coûts réels de production, entraînant des pertes financières importantes pour les producteurs et mettant en péril la pérennité de plusieurs unités de production.
La crise touche également les éleveurs de poulets de chair. Depuis le dernier trimestre de 2025, les prix de vente à la sortie des fermes oscillent entre 9 et 12 dirhams le kilogramme de poulet vif, sous l’effet de l’abondance de l’offre. Ces prix ne permettent plus de couvrir les charges de production, notamment celles liées à l’alimentation animale, à l’énergie et aux services vétérinaires, faisant planer un risque sérieux de ralentissement de l’activité et de contraction de l’offre à moyen terme.
Paradoxalement, cette baisse marquée des prix à la production ne s’est pas répercutée sur le consommateur final. Les prix pratiqués sur les marchés demeurent élevés, en raison de dysfonctionnements persistants dans les circuits de commercialisation, caractérisés par la multiplication des intermédiaires et des pratiques spéculatives qui neutralisent l’impact positif de la baisse des prix à la source.
À ces difficultés s’est récemment ajoutée une crise d’approvisionnement en aliments composés, consécutive à l’impossibilité de décharger certains navires dans les ports de Casablanca et de Jorf Lasfar, en raison de perturbations météorologiques. Cette situation a entraîné des pénuries de matières premières et des ruptures de stocks dans les usines d’aliments pour bétail, affectant à la fois les filières de l’élevage et de la volaille, avec une hausse prévisible des coûts de production liée aux pénalités de retard.
Face à ce tableau préoccupant, la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA) appelle à la mise en place urgente de mécanismes visant à sécuriser l’approvisionnement des usines en matières premières et à garantir la disponibilité des aliments composés. Elle plaide également pour une réorganisation en profondeur de la chaîne de production et de commercialisation des viandes blanches, afin de mieux ajuster l’offre à la demande, d’encadrer les circuits de distribution et de limiter les pratiques spéculatives, dans l’objectif de préserver à la fois les intérêts des producteurs, le pouvoir d’achat des consommateurs et la durabilité d’un secteur stratégique pour l’économie nationale.

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