De la pathologie au potentiel : repenser la psychologie au Maroc
À l’heure où les crises psychologiques et sociales s’intensifient à l’échelle mondiale, et face à un besoin croissant de modèles thérapeutiques et éducatifs capables d’accompagner l’humain dans ses mutations, le nouvel ouvrage du Dr **Rabi Nouh** consacré à la **psychologie positive** s’impose comme une invitation à repenser les paradigmes dominants dans le champ psychologique et éducatif — au Maroc comme ailleurs.
Ce travail s’inscrit dans ce que la littérature spécialisée désigne aujourd’hui comme la « troisième vague » de la psychologie, marquée par un changement profond de perspective : il ne s’agit plus uniquement de traiter les troubles ou les maladies, mais de promouvoir le bien-être, les ressources internes, le sens de la vie et l’épanouissement psychologique.
Psychologie positive : de la théorie à la pratique
Le Dr Nouh présente la psychologie positive comme une discipline scientifique à part entière, avec sa méthodologie, ses outils cliniques et ses champs d’application, loin des discours motivationnels ou émotionnels simplistes.
Il s’appuie notamment sur l’héritage de Martin Seligman, fondateur de cette approche en 1998, qui affirme que le bien-être psychologique ne se limite pas à l’absence de trouble, mais repose aussi sur le développement de facteurs de résilience, de pleine conscience, de gratitude et de relations positives.
Dans un entretien exclusif, le Dr Nouh affirme :
> *« La psychologie positive ne nie pas l’existence des pathologies mentales, mais elle vise à créer un équilibre entre prévention et traitement, en mettant l’accent sur les potentialités humaines, la construction de soi et l’activation des forces intérieures. »*
De l’approche déficitaire à l’approche des potentialités : le cas du handicap
Parmi les domaines phares explorés dans cette publication, figure le traitement des situations de handicap. Le Dr Nouh remet en question l’approche déficitaire traditionnelle, appelant à une vision plus constructive, axée sur le renforcement des capacités de la personne en situation de handicap, en interaction avec son environnement.
Cette transformation concerne, selon lui, non seulement l’individu, mais également la famille, les éducateurs, et les structures d’accompagnement, faisant ainsi de la psychologie positive un levier de changement culturel et éducatif global.
Une expérience marocaine prometteuse… et des résultats encourageants
Bien que ce modèle reste relativement récent,des expérimentations concrètes ont déjà eu lieu au Maroc, notamment à travers des programmes de formation psychologique fondés sur les principes de la psychologie positive.
Ces initiatives ont donné des résultats encourageants, tant au niveau du renforcement de la résilience individuelle, que dans l’amélioration des capacités d’adaptation face au stress et aux pressions quotidiennes, contribuant ainsi à un réel équilibre avec les approches cliniques traditionnelles.
Vers un débat national pluridisciplinaire
Ce que propose le Dr Nouh n’est pas une simple innovation thérapeutique, mais une vision globale de la santé mentale, qui interroge les fondements actuels et offre une alternative fondée sur l’empowerment, la croissance et la prévention.
Il apparaît dès lors nécessaire d’ouvrir un débat national scientifique et éducatif, réunissant chercheurs, professionnels de la santé mentale, éducateurs et décideurs politiques, sur les moyens d’intégrer cette « troisième vague » dans les politiques publiques marocaines.
Sommes-nous prêts, en tant que société, à adopter cette nouvelle façon de penser la psychologie ?
Nos institutions éducatives et sanitaires disposent-elles de la volonté, des outils et de la flexibilité nécessaires pour embrasser cette dynamique ?
Les questions restent ouvertes… et le débat est plus que jamais nécessaire.
*Du modèle pathologique au modèle des compétences.*
