Décès d’Abderrahim Fakir en Italie : la diplomatie marocaine se mobilise pour faire toute la lumière sur le drame
Le Royaume du Maroc a rapidement réagi au décès tragique du ressortissant marocain Abderrahim Fakir, survenu le 19 juillet dans le quartier du Pilastro à Bologne, lors d’une intervention policière. Depuis les premiers instants, le ministère des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, à travers l’ambassade du Maroc en Italie, suit avec une « profonde préoccupation » l’évolution de cette affaire qui suscite une vive émotion des deux côtés de la Méditerranée.
L’ambassade du Royaume à Rome a indiqué avoir mobilisé l’ensemble de son dispositif diplomatique et consulaire pour accompagner la famille de la victime et assurer un suivi permanent de l’enquête auprès des autorités judiciaires italiennes. Le consulat général compétent a reçu pour instruction d’apporter tout le soutien moral et l’assistance consulaire nécessaires aux proches du défunt.
L’ambassadeur du Maroc en Italie, Youssef Balla, a affirmé que « l’intérêt de tous est que toute la lumière soit faite sur ce drame, en établissant avec rigueur, impartialité et transparence l’ensemble des circonstances des faits », tout en réitérant la confiance du Royaume dans la justice italienne pour mener les investigations jusqu’à leur terme.
Cette affaire concerne Abderrahim Fakir, un Marocain de 42 ans installé en Italie depuis l’âge de sept ans. Établi dans la région de Bologne, il dirigeait une petite entreprise spécialisée dans le déménagement, le nettoyage et la manutention. Décrit par ses proches comme un homme travailleur et apprécié de son entourage, il est décédé à l’issue d’une intervention des forces de l’ordre dont les circonstances restent à éclaircir.
Selon la version initialement présentée par les autorités italiennes, plusieurs appels avaient signalé un homme en état de forte agitation ayant adopté un comportement agressif et endommagé un véhicule. Les policiers intervenus sur place auraient tenté de le calmer avant d’utiliser du spray au poivre puis de l’immobiliser au sol afin de le menotter. Cette version fait désormais l’objet d’une enquête judiciaire qui devra être confrontée aux témoignages, aux enregistrements des appels d’urgence, aux communications radio, aux images des caméras-piétons ainsi qu’aux différentes expertises ordonnées par le parquet.
La diffusion d’une vidéo montrant les derniers instants d’Abderrahim Fakir a profondément bouleversé l’opinion publique. Les images montrent le quadragénaire allongé sur le ventre, le visage contre le sol, maintenu par deux policiers. On l’entend appeler à plusieurs reprises « Aiuto » (« Au secours ») puis répéter « Basta » (« Ça suffit »), laissant entendre qu’il ne résistait plus. Malgré cela, les agents poursuivent son immobilisation en exerçant une pression sur son corps. Sa voix s’affaiblit progressivement avant qu’il ne cesse totalement de réagir.
La vidéo soulève également plusieurs interrogations. Un troisième homme, vêtu en civil et ne portant aucun uniforme, apparaît en train de maintenir les jambes de la victime. À ce stade, les autorités italiennes ne l’ont pas officiellement identifié. Plusieurs médias locaux évoquent un habitant du quartier ayant participé à l’intervention, sans qu’il soit encore établi s’il est intervenu de sa propre initiative ou à la demande des policiers.
D’autres questions concernent la présence de quatre secouristes visibles à proximité immédiate de la victime. Les images semblent montrer qu’ils observent la scène alors qu’Abderrahim Fakir appelle à l’aide et paraît en grande détresse, avant de n’intervenir qu’après l’arrêt de ses mouvements. L’enquête devra notamment déterminer pourquoi une assistance médicale immédiate n’a pas été apportée, et si les équipes de secours étaient empêchées d’intervenir ou contraintes d’attendre la fin de l’interpellation.
Face à ces nombreuses zones d’ombre, le parquet de Bologne a ouvert une enquête, pour l’heure qualifiée d’homicide involontaire. Deux policiers ayant participé à l’interpellation ainsi que quatre secouristes ont été inscrits au registre des personnes faisant l’objet des investigations.
Une autopsie a été ordonnée afin d’établir les causes exactes du décès. Les experts devront déterminer si celui-ci résulte de l’immobilisation en position ventrale, de la pression exercée sur son corps, de l’utilisation du spray au poivre, d’un éventuel problème de santé préexistant ou d’une combinaison de plusieurs facteurs. Ils devront également établir si les signes de détresse visibles sur la vidéo ont été détectés suffisamment tôt et si une intervention plus rapide aurait pu éviter l’issue fatale.
Pour la famille du défunt, les images ne laissent guère de place au doute. Sa sœur, Khadija, accuse directement les policiers et réclame que justice soit rendue. Son avocat, Fabio Anselmo, a toutefois pris ses distances avec les violences ayant éclaté lors des manifestations, rappelant que la famille ne demande ni vengeance ni haine, mais uniquement la vérité et la justice.
L’affaire a rapidement pris une dimension nationale en Italie. Dès le soir du drame, des centaines de personnes se sont rassemblées dans le quartier du Pilastro avant que plusieurs milliers de manifestants ne défilent dans le centre de Bologne, où des affrontements avec les forces de l’ordre ont fait plusieurs dizaines de blessés. Des rassemblements ont ensuite été annoncés dans d’autres villes, notamment Milan, Florence et Naples.
Sur le plan politique, la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, a estimé qu’il était impératif que les éventuelles responsabilités soient établies avec la plus grande rigueur et que toute la vérité soit recherchée sans préjugés ni complaisance. Le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Piantedosi, a pour sa part appelé à attendre les conclusions de l’enquête judiciaire.
Alors que les investigations se poursuivent, la mobilisation de la diplomatie marocaine demeure totale. L’ambassade et les services consulaires continuent d’assurer un suivi quotidien de la procédure judiciaire, en coordination avec les autorités italiennes, tout en accompagnant la famille d’Abderrahim Fakir. À travers cette implication, Rabat réaffirme sa volonté de défendre les droits de ses ressortissants à l’étranger et son attachement à ce que toute la vérité soit établie dans cette affaire qui a profondément ému les opinions publiques marocaine et italienne.

