Des experts marocains et européens réunis à Amsterdam pour repenser les défis de la vulnérabilité.
AMSTERDAM – L’Université Libre d’Amsterdam a été le théâtre, vendredi 12 juin 2026, d’un important colloque international consacré à la thématique de la vulnérabilité dans un contexte mondial marqué par des mutations économiques, technologiques et sociales de plus en plus rapides. Cette rencontre a réuni des universitaires, experts, responsables associatifs et représentants institutionnels venus du Maroc et de plusieurs pays européens pour réfléchir aux défis liés à l’exclusion sociale, à la migration, à la santé mentale et à l’inclusion numérique.
Organisé à l’initiative du Mouvement Maroc de Demain, présidé par le Dr Mustapha Aziz, en partenariat avec plusieurs institutions académiques et organisations œuvrant dans les domaines social, sanitaire et migratoire, l’événement s’est imposé comme un espace de dialogue multidisciplinaire autour des mécanismes de fragilisation des individus et des réponses à y apporter.
La séance d’ouverture a été marquée par l’intervention de Najoua Benmoussa, représentante du comité organisateur, qui a souligné l’ampleur croissante des situations de vulnérabilité à l’échelle internationale. Elle a plaidé pour un renforcement de la coopération entre le monde académique, les acteurs associatifs et les pouvoirs publics afin d’élaborer des solutions durables et adaptées aux besoins des populations les plus exposées.
Parmi les intervenants de premier plan figuraient le professeur Abdellah Saaf, politologue et directeur du Centre d’Études et de Recherches en Sciences Sociales (CERSS), le professeur Jean-Marie Heydt, ancien président de la Conférence des OING du Conseil de l’Europe, ainsi que le professeur Fouad Ben Makhlouf, responsable du pôle Coopération et Partenariats de la Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l’étranger. Le consul général du Royaume du Maroc à Amsterdam, Salim Lahjomri, a également pris part aux travaux.
Les échanges ont notamment porté sur les défis auxquels sont confrontés les Marocains du monde en situation de précarité. À ce sujet, le professeur Fouad Ben Makhlouf a présenté les dispositifs mis en place par la Fondation Hassan II pour accompagner les membres de la diaspora confrontés à des difficultés sociales, sanitaires ou administratives, tout en insistant sur la nécessité de consolider les mécanismes de protection et de maintien du lien avec le pays d’origine.
Les transformations sociales et leurs conséquences sur les phénomènes d’exclusion ont également occupé une place centrale dans les débats. Plusieurs intervenants ont mis en évidence l’impact des inégalités économiques, de la précarité de l’emploi et des disparités d’accès aux services publics sur l’aggravation des situations de vulnérabilité.
La question de la santé mentale a fait l’objet d’une attention particulière. Joëlle Aziz a exploré les perspectives offertes par l’intelligence artificielle dans l’accompagnement psychologique et le développement de l’autonomie individuelle, tout en rappelant l’importance de préserver la dimension humaine dans les relations d’aide. Dans le même registre, le psychiatre Salah Sidali a évoqué les effets psychologiques liés aux parcours migratoires, soulignant la nécessité d’un accompagnement spécialisé prenant en compte les réalités culturelles des personnes concernées.
Les enjeux du vieillissement et de la migration ont été abordés par la Dre Ouafae Karimi, qui a appelé à l’élaboration de nouveaux modèles de prise en charge adaptés à l’évolution démographique et aux besoins spécifiques des personnes âgées. Abdelhafid Charif s’est quant à lui intéressé à la situation des seniors marocains vivant à l’étranger, plaidant pour des politiques publiques garantissant leur dignité, leur autonomie et leur participation active à la société.
L’inclusion numérique a également occupé une place importante dans les discussions. Asmae Ben Bahida a défendu l’idée d’un accès équitable aux technologies et aux services numériques, considérant cet enjeu comme une condition essentielle de l’inclusion sociale dans les sociétés contemporaines.
Les débats ont aussi porté sur la citoyenneté et la participation des Marocains résidant à l’étranger. Salah Eddine El Manouzi a insisté sur la nécessité de renforcer les cadres juridiques et institutionnels permettant aux membres de la diaspora de participer pleinement à la vie publique tout en bénéficiant d’une meilleure protection de leurs droits.
Enfin, le chercheur Mohammed Mraizika a présenté son concept de « clusters de vulnérabilité et d’exclusion », mettant en lumière l’interaction entre pauvreté, chômage, isolement social et faible niveau d’éducation dans la production de formes complexes de marginalisation touchant aussi bien les individus que les communautés.
Au terme de cette rencontre, les participants ont estimé que la vulnérabilité constitue désormais un défi stratégique dépassant largement le seul champ des politiques sociales. Ils ont appelé à une mobilisation renforcée des institutions publiques, des chercheurs et de la société civile afin de promouvoir l’inclusion sociale, économique et numérique, de soutenir la santé mentale et de garantir une égalité effective des droits.
Cette journée d’échanges a ainsi permis de croiser les expériences et les expertises autour d’une problématique devenue centrale dans les sociétés contemporaines, tout en ouvrant de nouvelles pistes de réflexion pour mieux répondre aux défis humains et sociaux de demain.

