La santé mentale au Maroc : un droit fondamental trop longtemps négligé

La santé mentale au Maroc : un droit fondamental trop longtemps négligé

La santé mentale au Maroc demeure un défi majeur, trop souvent relégué au second plan, alors qu’elle est au cœur de la dignité humaine et du bien-être collectif. Derrière les murs de nos hôpitaux psychiatriques, une réalité douloureuse se vit chaque jour : patients en détresse, familles épuisées et soignants dépassés.
En tant que paire aidante rétablie, ayant accompagné de nombreuses personnes vivant avec des troubles psychiques et formée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans les domaines du rétablissement, de la pair-aidance et des droits humains, je peux témoigner de cette souffrance invisible. À Agadir comme dans d’autres régions, les établissements psychiatriques fonctionnent dans des conditions extrêmement difficiles : infrastructures vétustes, manque criant de lits, absence d’équipements modernes et un personnel en nombre très insuffisant face à l’ampleur des besoins.
Cette situation entraîne des conséquences dramatiques :
* Des patients laissés des semaines, parfois des mois, sans suivi adapté, ce qui aggrave leur état et fragilise leur espoir de rétablissement.
* Des proches qui vivent une double peine : voir un être aimé souffrir sans pouvoir l’aider et, dans le même temps, porter seuls le fardeau émotionnel, financier et social.
* Des soignants qui, malgré leur dévouement, travaillent dans des conditions épuisantes, au risque de l’usure et du découragement.
La santé mentale est trop souvent réduite à la psychiatrie médicamenteuse, alors qu’elle doit être pensée de manière globale : prévention, accompagnement psychosocial, réinsertion, lutte contre la stigmatisation et intégration de nouvelles approches comme le rétablissement et la pair-aidance. Ces concepts, déjà reconnus à l’échelle internationale, permettent aux personnes concernées de devenir actrices de leur parcours, plutôt que simples patient·e·s passif·ve·s.
Malgré des initiatives louables, notamment celles lancées sous le haut patronage de Son Altesse Royale le Prince Héritier Moulay El Hassan, la santé mentale reste marginalisée dans l’agenda public. Or, chaque jour qui passe sans réformes structurelles condamne des milliers de Marocains à une souffrance silencieuse, faite de solitude, de discrimination et de pertes de chances de guérison.
Il est temps d’agir avec courage et responsabilité :
* Faire de la santé mentale une priorité nationale, dotée de budgets conséquents et d’une stratégie claire et durable.
* Garantir la dignité et les droits humains des usagers de psychiatrie, pour que plus aucun patient ne soit réduit à un « cas », mais reconnu comme une personne à part entière.
* Soutenir et former les soignants et pairs aidants, véritables piliers d’un système plus humain et efficace.
* Créer des espaces de réhabilitation et de réinsertion, car se rétablir ne se limite pas à sortir de l’hôpital : il s’agit de retrouver une place digne dans la société.
La santé mentale n’est pas un luxe. Elle est un droit fondamental. Elle est l’affaire de tous. Agir aujourd’hui, c’est non seulement soulager la souffrance de milliers de citoyens, mais aussi bâtir un Maroc plus inclusif, solidaire et respectueux de la dignité humaine.
Aux décideurs, aux institutions, aux professionnels et à chaque citoyen :il est temps d’ouvrir les yeux, de rompre le silence et de faire de la santé mentale une priorité réelle, humaine et durable. L’inaction coûte trop cher en vies brisées, en familles détruites et en avenir perdu.

 

*paire aidante en santé mentale et toxicomanie

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