Le Maroc face au défi du vieillissement : la Banque mondiale recommande de repousser l’âge de la retraite à 70 ans
Alors que le débat sur l’avenir du système de retraite au Maroc s’intensifie, la Banque mondiale vient de publier un rapport alarmant, appelant à un relèvement progressif de l’âge de départ à la retraite jusqu’à 70 ans. Une mesure jugée indispensable pour assurer la viabilité économique et sociale du pays face au vieillissement accéléré de sa population.
Dans son document intitulé « Développement humain au Moyen-Orient et en Afrique du Nord en phase de transformation », l’institution financière internationale brosse un tableau préoccupant de l’évolution démographique marocaine. Le rapport met en exergue l’augmentation rapide du taux de dépendance des personnes âgées, la fragilité des infrastructures de santé et de protection sociale, ainsi que la vulnérabilité du système actuel face à ces mutations profondes.
Selon les projections, la part des personnes âgées à charge, estimée à 11 % en 2020, pourrait dépasser 26 % à l’horizon 2050. Concrètement, cela signifie qu’un actif devra soutenir plus d’un quart de retraité, ce qui menace sérieusement l’équilibre financier des caisses de retraite et, par ricochet, la stabilité socio-économique du Royaume. Le rapport souligne également que l’âge effectif de départ à la retraite dans le secteur privé tourne aujourd’hui autour de 56 ans, alors que l’espérance de vie après la cessation d’activité avoisine 26 ans. Ce décalage crée une pression croissante sur les régimes de retraite, rendant l’urgence d’une réforme incontournable.
Pour faire face à cette situation, la Banque mondiale préconise non seulement de repousser l’âge légal de la retraite à 70 ans, mais aussi de créer un environnement législatif et réglementaire favorisant l’activité professionnelle à un âge avancé, tout en garantissant des conditions de travail dignes. Toutefois, l’institution avertit qu’un tel ajustement ne peut réussir sans un investissement parallèle dans la santé préventive, la qualité de vie et la promotion de modes de vie sains. Le rapport note qu’un quart des Marocains de plus de 55 ans souffrent déjà de maladies chroniques, une proportion largement supérieure à celle observée dans des pays développés comme le Japon ou l’Allemagne.
La recommandation de la Banque mondiale n’a pas manqué de susciter des réactions vives dans les milieux syndicaux et politiques. Pour plusieurs centrales syndicales, repousser l’âge de la retraite constitue une « fuite en avant » qui ferait porter le poids de la réforme uniquement sur les travailleurs. « Comment demander à un ouvrier du bâtiment, à un chauffeur ou à un agriculteur de travailler jusqu’à 70 ans alors que leurs conditions de travail sont déjà pénibles ? », s’interroge un responsable syndical.
De leur côté, certains économistes estiment que la réflexion de la Banque mondiale doit être replacée dans un contexte plus large. « L’allongement de l’âge de la retraite peut être une partie de la solution, mais le véritable problème réside dans l’élargissement de l’assiette des cotisants », explique un expert en protection sociale. Celui-ci plaide pour une meilleure intégration du secteur informel, qui représente encore près de 30 % de l’économie nationale, afin d’assurer de nouvelles ressources aux caisses.
D’autres voix rappellent que le Maroc doit également repenser ses politiques de santé et d’emploi. « Parler de retraite à 70 ans dans un pays où un quart des plus de 55 ans souffrent de maladies chroniques est contradictoire », souligne un professeur en santé publique. Selon lui, la priorité devrait être de garantir des conditions de travail adaptées aux seniors et d’investir massivement dans la prévention sanitaire.
Entre impératifs budgétaires et justice sociale, la réforme du système de retraite s’annonce comme l’un des chantiers les plus sensibles des prochaines années au Maroc. Si la Banque mondiale insiste sur la nécessité de relever l’âge de départ, syndicats et experts appellent à un débat national élargi, qui prenne en compte à la fois la soutenabilité financière du système et la réalité sociale des travailleurs marocains.
