Marrakech : les riads face à une crise silencieuse entre surcapacité et recul de la demande
À quelques semaines du début de la saison estivale, un vent d’inquiétude souffle sur les riads de Marrakech. Dans les discussions entre professionnels, un constat revient avec insistance : les réservations pour les mois de mai et juin accusent une baisse notable, rompant avec la dynamique des années précédentes.
Au cœur de cette situation, un déséquilibre de plus en plus marqué entre l’offre et la demande. En l’espace d’un an, le nombre d’hébergements proposés sur la plateforme Booking.com serait passé d’un peu plus de 6 000 à plus de 9 000. Une progression fulgurante qui dépasse largement la capacité d’absorption du marché. « L’évolution de l’offre va beaucoup plus vite que la demande », résument plusieurs opérateurs du secteur, pointant une concurrence devenue féroce, notamment dans le segment des riads traditionnels.
Mais cette pression interne n’est pas le seul facteur en cause. Du côté de la clientèle européenne, principale pourvoyeuse de touristes à Marrakech, les signaux sont également au rouge. La hausse significative des prix des billets d’avion constitue un premier frein. « Je voulais venir en mai, mais le coût du vol m’a dissuadé », confie une habituée de la destination. À cela s’ajoutent des perturbations dans le transport aérien, avec des vols annulés ou réduits, compliquant davantage les projets de voyage.
Plus profondément, c’est le pouvoir d’achat des touristes, notamment en France, qui semble s’éroder. Dans un contexte économique tendu, marqué par l’inflation et l’incertitude, de nombreux voyageurs privilégient désormais des décisions à court terme. « Les gens vivent au jour le jour, ils ne peuvent plus prévoir », explique une retraitée française, évoquant un changement radical de mode de vie par rapport aux décennies passées.
Ce recul de la demande, conjugué à une explosion de l’offre, fragilise particulièrement les petits exploitants de riads, souvent dépendants des plateformes numériques et d’une clientèle étrangère volatile. Certains évoquent déjà des baisses de prix pour tenter de remplir leurs chambres, au risque d’entamer leur rentabilité.
Face à cette conjoncture, les professionnels appellent à une réflexion globale sur la régulation du secteur et la diversification des marchés touristiques. Car derrière les façades pittoresques des riads, c’est tout un modèle économique qui semble aujourd’hui sous pression à Marrakech.

