OCP renforce son ancrage aux États-Unis avec un projet industriel de 450 millions de dollars

OCP renforce son ancrage aux États-Unis avec un projet industriel de 450 millions de dollars

Le groupe marocain OCP, à travers sa filiale nord-américaine, et la coopérative agricole américaine CHS envisagent la création d’une coentreprise destinée à construire une nouvelle unité de production d’engrais phosphatés en Louisiane. L’investissement projeté pourrait atteindre 450 millions de dollars, dans un contexte où les États-Unis cherchent à renforcer la sécurité de leurs approvisionnements en intrants agricoles stratégiques.

Selon les éléments communiqués conjointement par les deux partenaires, la future installation devrait être implantée au sein du complexe industriel Cornerstone Energy Park, à Waggaman, en Louisiane. Sa capacité de production devrait dépasser un million de tonnes métriques par an, ce qui en ferait la première nouvelle unité de ce type construite aux États-Unis depuis 1984.

Le projet repose sur une complémentarité entre les capacités industrielles et commerciales des deux groupes. OCP assurerait l’approvisionnement de l’usine en acide phosphorique, matière première essentielle à la fabrication des engrais phosphatés, tandis que sa filiale américaine et CHS prendraient en charge la commercialisation et la distribution des produits finis à travers leurs réseaux respectifs sur le marché américain.

Le choix de la Louisiane présente également un intérêt logistique important. La proximité du site avec le Mississippi devrait permettre à la future usine de bénéficier d’un accès à plusieurs modes de transport, notamment les infrastructures fluviales et maritimes, le réseau ferroviaire et les axes routiers. Cette configuration pourrait contribuer à réduire les coûts logistiques et à rapprocher davantage les engrais des principales régions agricoles américaines.

L’enjeu dépasse toutefois la seule dimension industrielle. D’après les données avancées par les partenaires, les États-Unis importent actuellement près de 40 % de leurs besoins en engrais phosphatés. La réalisation de la nouvelle unité pourrait contribuer à réduire de manière significative cette dépendance, les deux groupes estimant que le projet serait susceptible de diminuer de plus de 48 % le recours américain aux importations concernées.

Cette orientation intervient dans un environnement marqué par une attention croissante de Washington à la disponibilité des engrais et à la résilience des chaînes d’approvisionnement agricoles. Le président américain Donald Trump avait annoncé, le 29 juin dernier, une situation d’urgence liée à l’approvisionnement en engrais, ouvrant notamment la voie à une suspension temporaire de certains droits appliqués aux engrais phosphatés marocains, pour une durée pouvant aller jusqu’à huit mois ou jusqu’à la fin de la période d’urgence.

L’administration américaine avait notamment justifié cette décision par l’insuffisance de la production nationale face aux besoins du secteur agricole, ainsi que par les perturbations affectant les chaînes mondiales d’approvisionnement dans un environnement international marqué par les conflits et les tensions commerciales.

Les modalités d’application de ces mesures demeurent néanmoins encadrées. Selon une note du département américain du Commerce, l’exemption n’est pas automatiquement accordée à l’ensemble des importations concernées. Exportateurs et importateurs doivent effectuer une demande pour chaque expédition susceptible d’en bénéficier. L’acide phosphorique destiné à alimenter la future installation se trouve, pour sa part, en dehors du champ d’application de l’ordonnance relative aux droits sur certains engrais phosphatés.

Pour OCP, cette opération pourrait renforcer davantage son ancrage sur l’un des principaux marchés agricoles mondiaux, en faisant évoluer son positionnement d’un modèle reposant essentiellement sur l’approvisionnement international vers une présence industrielle plus intégrée au sein même du marché américain.

Pour CHS, qui dispose d’un vaste réseau au service des agriculteurs et des coopératives aux États-Unis, le partenariat pourrait contribuer à sécuriser une partie de l’approvisionnement en engrais phosphatés tout en raccourcissant les circuits entre les unités de production et les utilisateurs finaux.

Le projet reste toutefois soumis à l’obtention des autorisations réglementaires nécessaires ainsi qu’à la finalisation de son financement. Les partenaires n’ont, à ce stade, communiqué ni la répartition de leurs participations dans la future coentreprise ni une date précise pour le démarrage de la production.

Une fois les différentes autorisations obtenues, les travaux de construction devraient s’étaler sur environ 24 mois. Le chantier pourrait mobiliser jusqu’à 500 emplois durant cette phase, tandis qu’une soixantaine de postes permanents devraient être créés lorsque l’installation entrera en exploitation.

Avec un investissement potentiel de 450 millions de dollars et une capacité supérieure à un million de tonnes par an, le projet marque une nouvelle étape dans le développement international d’OCP. Il pourrait également conforter la place stratégique du groupe marocain dans les chaînes mondiales des fertilisants, tout en répondant à la volonté américaine de renforcer ses capacités locales de production et de réduire son exposition aux perturbations des marchés internationaux.

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