Santé mentale au Maroc : L’urgence d’un sursaut national dans le sillage de la vision royale

Santé mentale au Maroc : L’urgence d’un sursaut national dans le sillage de la vision royale

Dans un monde où les enjeux de santé mentale deviennent un indicateur central de développement humain, le Maroc se trouve à la croisée des chemins. Porté par une vision royale lucide, fondée sur la primauté de l’humain et la justice sociale, le Royaume peine encore à traduire ses ambitions en actions concrètes et structurantes. L’écart entre la parole forte et l’action effective se creuse, révélant une vulnérabilité systémique dont les conséquences sont lourdes et durables.

Un cap royal affirmé : la dignité humaine comme boussole

Depuis son accession au Trône, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a fait de la dignité du citoyen le socle de toute politique publique. Ses discours, empreints d’humanisme et de clairvoyance, tracent avec constance un cap où l’humain n’est pas un paramètre, mais la finalité même du développement. Cette orientation se décline dans des chantiers majeurs : la généralisation de la protection sociale, la consolidation de l’État social, ou encore l’Initiative Nationale pour le Développement Humain.

Dans son dernier discours du Trône, le Souverain a mis en garde contre les effets délétères d’un Maroc à deux vitesses, pointant du doigt l’iniquité territoriale et sociale. La santé mentale, longtemps reléguée au second plan, y apparaît désormais comme l’une des urgences les plus criantes de cette fracture silencieuse.

Des initiatives pionnières, mais orphelines de politiques publiques

Face à ce constat, le Roi a initié des actions novatrices, notamment à travers la création de structures intermédiaires pour l’accompagnement et la réinsertion des personnes en souffrance psychique. Inspirés des meilleures pratiques internationales, ces dispositifs visent à combler le vide entre le soin hospitalier et la vie en société, en redonnant aux personnes concernées autonomie, dignité et espoir.

Toutefois, faute d’un ancrage institutionnel robuste, ces projets demeurent fragmentaires, incapables de produire l’effet de levier attendu sur le système national de santé mentale.

Une stratégie nationale en veille prolongée

Fruit d’un processus participatif réunissant ministères, experts, praticiens et acteurs de la société civile, une stratégie multisectorielle de santé mentale a vu le jour il y a plusieurs années. Pourtant, cette feuille de route demeure aujourd’hui inopérante : aucun calendrier de mise en œuvre, aucune dotation budgétaire, aucun organe de gouvernance identifié.

Plus préoccupant encore : le retrait, sans justification publique, du projet de loi 71-13 censé moderniser un cadre juridique hérité de 1959. Cette absence de réforme législative compromet gravement toute avancée durable et nourrit un sentiment d’abandon chez les professionnels et les familles.

Des indicateurs alarmants, révélateurs d’un retard structurel

48,9 % de la population a connu un trouble psychique au cours de sa vie.

Moins de 0,1 psychiatre pour 100 000 habitants, contre une moyenne mondiale de 1,7.

11 hôpitaux psychiatriques fonctionnels, dont plusieurs en sous-activité.

Aucune unité spécialisée pour enfants ou personnes âgées dans de nombreuses régions.

Absence d’enquêtes nationales récentes, indispensables à toute planification rationnelle.

Ces données ne traduisent pas seulement un déficit technique ou financier : elles révèlent une forme de déni collectif, une carence politique face à un mal profond et silencieux qui fragilise la société dans ses fondations.

Un test de crédibilité pour l’État social

À l’approche de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 et de la Coupe du Monde 2030, le Maroc sera placé sous les projecteurs du monde. Il ne suffira pas de montrer la qualité de ses stades ou de ses infrastructures. Le véritable miroir de notre développement sera celui des politiques sociales, du respect de la personne vulnérable, de la cohésion nationale autour des valeurs de solidarité, d’équité et d’inclusion.

La santé mentale, en ce sens, devient un révélateur de maturité institutionnelle, autant qu’un impératif moral.

Pour une refondation urgente et durable : recommandations prioritaires

Opérationnaliser sans délai la stratégie multisectorielle existante, avec un calendrier contraignant.

Relancer et finaliser la réforme législative à travers une loi-cadre moderne, concertée et protectrice.

Mettre en place à l’échelle nationale des structures de réinsertion orientées vers le rétablissement.

Doter la santé mentale d’un budget dédié dans la prochaine loi de finances.

Renforcer la formation en pédopsychiatrie, santé mentale communautaire et approche genre.

Créer une autorité nationale indépendante, intégrant usagers, familles et société civile.

Lancer des enquêtes régulières et désagrégées selon le genre, l’âge et la géographie.

Adopter une approche territorialisée, garante d’une équité réelle et non proclamée.

L’heure de vérité

Le Maroc ne manque ni de vision, ni de cadre légal, ni de ressources humaines de qualité. Il dispose d’une légitimité politique forte, d’une société civile vigilante, et d’une jeunesse mobilisée. Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est le passage à l’action, avec rigueur, courage et sens de l’État.

Car la question n’est plus de savoir s’il faut agir. Elle est de savoir s’il est encore acceptable de différer l’essentiel.

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