Un hôtel à Marrakech : Barid Al-Maghrib s’écarte-t-il de sa mission de service public ?

Un hôtel à Marrakech : Barid Al-Maghrib s’écarte-t-il de sa mission de service public ?

Le projet de Barid Al-Maghrib visant la construction d’un hôtel à Marrakech continue d’alimenter les interrogations, tant il apparaît en décalage avec la vocation première de l’établissement public chargé du service postal national. Au moment où les usagers dénoncent retards, dysfonctionnements, files d’attente interminables et services bancaires postaux sous pression, l’annonce d’un investissement hôtelier soulève un débat sur les priorités et la gouvernance de l’entreprise.

Derrière cette initiative se profile la création d’une filiale dédiée au secteur touristique, signe d’une diversification assumée mais controversée. Pour ses détracteurs, Barid Al-Maghrib semble davantage préoccupé par la valorisation spéculative de son patrimoine foncier que par la modernisation de ses infrastructures postales ou l’amélioration de la qualité de service, pourtant au cœur de ses obligations envers les citoyens.

Le choix de Marrakech – capitale touristique, marché saturé et ultra-concurrentiel – renforce les réserves exprimées par plusieurs observateurs qui y voient une incursion hasardeuse dans un domaine dont l’opérateur public ne maîtrise ni les codes ni les risques. Cette orientation interroge particulièrement à l’heure où la transformation numérique, l’évolution du e-commerce et la chute du courrier traditionnel imposent des investissements massifs dans la logistique, la distribution et les technologies postales.

L’enjeu n’est donc pas seulement immobilier : il touche à la cohérence d’une stratégie publique, à la transparence des arbitrages et à l’utilisation de ressources relevant indirectement de la collectivité. La question centrale demeure : un établissement public peut-il délaisser ses missions essentielles pour concurrencer des acteurs privés sur un marché hôtelier déjà saturé ?

Tant que Barid Al-Maghrib n’aura pas clarifié ses motivations, son modèle économique et les garanties offertes en matière de bonne gestion, le doute persistera. Et avec lui, l’impression que le service public postal risque de devenir la variable d’ajustement d’aventures entrepreneuriales éloignées des attentes des Marocains.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Équipe Marrakech7

MORCHID DERRAJI : Directeur de publication
AHMED ELKTAM : Rédacteur en chef
HABIB ABOURICHA : Secrétariat éditorial
ACHRAF JAL : Journaliste
RAJA BOUCHENTOUF : Journaliste
YOUSSEF ABDELLAOUI : Technicien

Édité par SMS Media

Copyright © 2026 - Développé par SMS Media - Tous droits réservés